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La diaspora africaine : une puissance financière méconnue qui dépasse l’aide internationale

Aktualisiert: vor 3 Tagen

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Chaque année, loin des sommets diplomatiques et des annonces officielles, une force financière irrigue l’Afrique de manière continue, aussi discrète que massive : celle des transferts d’argent de sa diaspora. Le Baromètre sur les transferts d’argent vers l’Afrique par sa diaspora1, réalisé par The Seeds, lève un pan de voile sur ces flux d’argent conséquents avec près de 100 milliards de dollars envoyés vers le continent en 2023, soit environ 4 % du PIB africain. 

Des sommes colossales, supérieures à l’aide publique au développement et aux investissements directs étrangers réunis. 

Derrière ces chiffres, ce sont des millions d’actes individuels de solidarité qui dessinent une réalité macroéconomique majeure : la diaspora africaine constitue aujourd’hui l’un des premiers bailleurs de fonds du continent, sans reconnaissance institutionnelle à la hauteur de son poids réel. 


« Une manne financière d’une ampleur historique » 


Le baromètre révèle une dynamique impressionnante : les transferts ont été multipliés par sept en vingt ans, et même par dix pour l’Afrique subsaharienne  

À l’échelle individuelle, chaque membre de la diaspora interrogé envoie en moyenne plus de 4 000 euros par an (Figure 1), à raison de plus de huit transferts annuels (Figure 2), essentiellement vers son pays d’origine (98 % des flux)  

 

Figure 1: Montant moyen annuel transféré entre 2022 et 2024 

 

Figure 2: Fréquence moyenne annuelle de transfert entre 2022 et 2024 


Rapporté à l’ensemble du continent, ce flux annuel de 85 milliards de dollars représente une puissance financière comparable à un grand plan international de reconstruction… renouvelé chaque année depuis plus de 10 ans 


« Comparaison avec le plan Marshall de reconstruction de l’Europe de l’après-guerre » 


Entre 1948 et 1952, les États-Unis ont déployé environ 13 milliards de dollars pour reconstruire l’Europe occidentale après la Seconde Guerre mondiale2. Ajustée à sa valeur actuelle, cette somme équivaudrait aujourd’hui à environ 150 milliards de dollars, étalés sur quatre ans, soit 37.5 milliards de dollars par an 

Autrement dit : 

  • Chaque année, la diaspora africaine transfère vers l’Afrique plus de deux fois le “plan Marshall”; 

  • Et elle le fait sans État central, sans institution multilatérale, mais également sans stratégie coordonnée. 

Ces transferts cumulés de la diaspora africaine dépassent largement l’effort financier qui a permis la reconstruction de l’Europe, la modernisation de ses infrastructures et la relance de ses économies à la sortie de la seconde « guerre mondiale ». 


« Une force financière diffuse, mais mal orientée » 


L’étude montre que cette puissance financière est bien plus utilisée à des fins de survie et de réponse aux besoins du quotidien, qu’à des fins de transformation structurelle (Figure 3). 

  • 85% des montants bénéficient directement à la famille et aux proches  

  • 51% servent à couvrir les besoins essentiels de base : alimentation, logement, santé, éducation ; 

  • 19% sont consacrés au foncier (achat ou rénovation de biens immobiliers) ; 

  • 11% vont vers l’épargne ou l’investissement ; 

  • Et seuls 7 % sont consacrés à des projets communautaires  

 

Figure 3: Principaux destinataires des transferts d’argent 


La diaspora joue ainsi un rôle fondamental de filet de sécurité sociale informel, compensant les carences des systèmes publics.  

Mais cette logique d’assistance, aussi vitale soit-elle, limite l’impact transformateur de ces flux. Près de 45 % des expéditeurs estiment que leurs transferts n’améliorent pas l’autonomie des bénéficiaires  


« Une autre comparaison éclairante : le Plan de développement chinois » 


Un autre parallèle permet de mesurer ce potentiel inexploité : celui de la politique chinoise d’investissement à l’étranger, notamment à travers les Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative). 

Depuis 2013, la Chine a mobilisé environ 1 000 milliards de dollars sous forme de prêts, d’investissements et de financements d’infrastructures dans plus de 140 pays. Ce plan massif repose notamment sur : 

  • Une vision stratégique centralisée, 

  • Un fléchage clair des fonds vers des projets structurants (ports, routes, énergie), 

  • Et une articulation étroite entre finance, diplomatie et développement économique. 

A raison de 85 milliards de dollars envoyés chaque année en moyenne, la diaspora africaine aura mobilisé et déployé vers l’Afrique depuis 2013, une somme équivalente à l’ensemble des engagements chinois du programme des Nouvelles routes de la soie mais de manière atomisée, non coordonnée et sans levier politique, institutionnel ou économique.  


« Une diaspora avec une impressionnante force de frappe, mais sous-mobilisée » 


Le paradoxe est d’autant plus frappant que la diaspora étudiée est (Figure 4 et Figure 5): 

  • Très qualifiée (plus de 70% ont un niveau Bac+5 ou plus), 

  • Professionnellement intégrée (80% sont salariés ou entrepreneurs), 

  • Et durablement installée dans leurs pays de résidence  

 

Figure 4: Répartition de l’échantillon par niveau d’étude 

 

Figure 5: Répartition de l’échantillon par situation professionnelle 


Elle dispose donc non seulement de ressources financières, mais aussi de compétences, de réseaux et d’une capacité d’ingénierie économique considérable. Pourtant, faute de cadres de confiance, de garanties et de mécanismes adaptés, cette force reste largement cantonnée à une logique privée et familiale. 

 

« De la solidarité à la transformation : un tournant historique possible » 


L’étude met en lumière une question centrale : comment transformer un flux financier continu et massif en véritable levier de développement ? 

L’histoire montre que l’argent seul ne suffit pas. Le plan Marshall n’était pas qu’un chèque : il était assorti de conditions, de coordination, de gouvernance et d’objectifs industriels précis. De même, les grands plans de développement réussis reposent sur la structuration des flux, leur mutualisation partielle et leur orientation vers des investissements productifs. 

La diaspora africaine représente déjà une sixième région économique du continent, reconnue comme telle par l’Union africaine. Mais il reste à inventer les outils capables de transformer cette puissance diffuse en force structurante.

 

« Une puissance silencieuse à la croisée des chemins » 


Chaque transfert envoyé est un acte d’amour et de responsabilité. Pris individuellement, il soulage. Pris collectivement, il pourrait transformer. 

À l’échelle des montants en jeu, la question n’est plus de savoir si la diaspora peut contribuer au développement de l’Afrique. Elle le fait déjà, massivement. La véritable question est désormais politique, institutionnelle et stratégique : comment passer d’un « plan Marshall invisible » à un projet collectif assumé ? 

Le baromètre agit ainsi comme un révélateur. Derrière les chiffres, il dessine une évidence :


l’Afrique possède, hors de ses frontières, l’une des plus grandes puissances financières de son histoire mais qui semble manquer de directions d’actions transformatrices



C’est précisément à cet effort collectif de définition de directions transformatrices que The Seeds consacrera son Think Tank le 14 mars 2026 à Hambourg. Vous y êtes les bienvenus. Nous vous y attendons nombreux pour trouver ensemble, des solutions permettant à cette puissance financière, de devenir un véritable moteur de développement. INSCRIVEZ-VOUS directement sur notre site www.the-seeds.net. 


Le rapport complet est disponible au téléchargement ici :





à bientôt, 


[1] La diaspora africaine : une puissance financière méconnue qui dépasse l’aide internationale


 
 
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